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Bordeaux : guide complet du vignoble, des terroirs et des grands crus

On se fait plaisir avec des vins formidables et typés dans toutes les appellations bordelaises, y compris les plus côtées, entre…15 et 40 €. Et peu de vins méritent de dépasser 100 €, les exceptions confirmant cette règle. Et puis, à force de voir les châteaux changer de mains, l’argent affluer, des sommes invraisemblables (200 millions là, 300 millions, ici…), cela devient indécent : des chais en marbre, des investissements mirobolants…, forcément, beaucoup perdent leur âme, et un investisseur, un groupe ou un banquier, secondés par un directeur, ne remplaceront jamais le propriétaire. 
Des vignerons talentueux et passionnés, il y en a dans toutes les appellations bordelaises. Allez les voir, partagez leur amour du vin, ils élèvent des cuvées à prix doux, et c’est quand même plus sympa de déboucher un flacon avec eux que de vous faire endormir par la magnificence d’un chai et des renommées qui remontent à deux siècles….

Ce qu’il faut savoir :

La région souffre et c’est la seule où les plus grands sont (presque) autant touchés que les plus modestes.

– Pour les premiers, de l’hypocrisie de certains classements à l’exagération des “primeurs”, durant lesquels, au cours des années, on n’a su qu’augmenter les prix même quand la qualité n’était pas au rendez-vous, les amateurs se sont vraiment lassés. Ajoutez un “lissage” des goûts où il est de plus en plus difficile de reconnaître un Pessac d’un Médoc… Tout cela à des prix inadmis- sibles : 60, 120, 200, 2.000 € ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui justifie pour la plupart de tels niveaux ? Prenez Pessac-Léognan : il y a des vins superbes à 25 € face à d’autres à plus 120 € (et beaucoup plus). Le terroir serait- il si différent ? Il vaut mieux en sourire quand on connaît un peu le vignoble.

Idem en Médoc, on a un beau Haut-Médoc à 15 €, un Margaux à 25, un Saint-Estèphe à 45… face à des vins classés en… 1855 (excusez de la référence, le Classement de l’époque n’étant qu’un classement de négoce, c’est- à-dire de marchands, et non de sols) pour lequel il serait demandé de payer 3 ou 6 fois plus… Bien entendu, les appellations comptent et leur implantation géologique influe sur la qualité, mais, franchement !

Quant à la région de Saint-Émilion, où le classement officiel est risible, on ne peut que se faire avoir tant que l’on n’a pas compris l’influence des sols et sous- sols dans cette région. Pour preuve : l’exemplaire travail de Van Leewen avec sa Carte des sols du vignoble de Saint-Emilion, 1989). Il y a de quoi rire, non ?

Mais quel gâchis : Parker, la mansuétude des uns et des autres, la frime, le bois à outrance, l’argent, les chais en marbre, les jalousies, l’uniformisation, la fuite à l’export, les exagérations œnologiques, cela ne pouvait donner que ce résultat. Nous avions décidé de ne plus cautionner cela.

– Concernant les vins les moins chers du bordelais, la crise est différente, bien sûr. Trop de plantations n’ont pas été le facteur le plus intelligent, trop de concurrence, un négoce peu rémunérateur parfois. Seuls ceux qui ont pris leur distribution à leur compte (ventes directes, cavistes…) s’en sortent. On est là pour les soutenir, bien sûr.

 

Le Médoc : plongée au cœur des grands terroirs de Bordeaux

Un territoire façonné par la Gironde et les graves

Le Médoc, presqu’île viticole emblématique du vignoble bordelais, doit son identité à la Gironde et à des sols d’une rare complexité. Ici, les terroirs se déclinent en une mosaïque de graves, de calcaires et d’argiles, façonnés au fil des millénaires. Cette diversité géologique, combinée à un drainage naturel optimal, constitue le socle des grands vins du Médoc.


Saint-Estèphe : puissance et diversité des sols

Située au nord du Médoc, à proximité immédiate de l’estuaire, l’appellation Saint-Estèphe se distingue par une remarquable diversité géologique. Son relief accidenté a favorisé une superposition complexe de couches de sols, mêlant quartz, cailloux roulés et sables légers en surface.

En profondeur, le calcaire affleure à l’ouest, apportant structure et complexité aux vins. Résultat : des cuvées puissantes, intenses, profondément marquées par leur terroir, capables d’offrir une large palette allant du grand cru d’exception à des vins plus accessibles.


Margaux : élégance et finesse des graves garonnaises

À Margaux, le paysage viticole s’organise autour d’un vaste plateau de graves garonnaises, long de 6 km. Héritées d’anciennes divagations de la Garonne au Quaternaire, ces graves composées de galets et de graviers reposent sur un socle calcaire ou argilo-marneux.

Ces sols pauvres, filtrants, contraignent la vigne à s’enraciner profondément, favorisant ainsi une concentration optimale. Les vins de Margaux en tirent leur signature : finesse, élégance et complexité aromatique.


Pauillac : l’archétype du grand terroir médocain

Berceau de certains des crus les plus prestigieux, Pauillac doit son renouveau au XVIIIe siècle avec l’essor du commerce du vin. Mais c’est surtout son relief unique qui fait sa singularité.

Le terroir se caractérise par une succession de croupes graveleuses, offrant un drainage naturel exceptionnel. Ces graves maigres, paradoxalement synonymes de richesse qualitative, permettent la production de vins puissants, structurés et taillés pour la garde.


Saint-Julien : l’équilibre

À Saint-Julien, l’homogénéité du terroir est frappante. La nappe de graves forme un vaste ensemble régulier, légèrement influencé par la proximité de la Gironde.

Ce terroir uniforme, constitué de croupes de graves anciennes, favorise une production constante et maîtrisée. Les vins de Saint-Julien sont souvent considérés comme les plus équilibrés du Médoc, alliant puissance, finesse et régularité.


Moulis : la diversité en bande étroite

Entre Margaux et Saint-Julien, Moulis se déploie en un ruban étroit perpendiculaire à l’estuaire. Cette configuration singulière se traduit par une diversité de sols : graves garonnaises, graves pyrénéennes et substrats argilo-calcaires.

Cette richesse géologique offre une palette de vins variés, souvent sous-estimés, mais révélateurs d’un terroir complexe.


Listrac : du caractère

Voisin de Moulis, Listrac se distingue par un terroir contrasté : croupes de graves à l’ouest et à l’est, plateau calcaire en son centre.

Le climat légèrement plus frais, influencé par la proximité de la forêt, favorise une maturation lente des raisins. Le Cabernet Sauvignon domine sur les graves, apportant structure et puissance, tandis que le Merlot s’exprime pleinement sur les sols calcaires.


Haut-Médoc et Médoc : la colonne vertébrale du vignoble

L’appellation Haut-Médoc s’étend sur toute la longueur du Médoc, reposant majoritairement sur des graves garonnaises du Quaternaire. Modelées en croupes, ces formations offrent des conditions idéales pour la viticulture.

Cette diversité de terroirs en fait une appellation clé, véritable colonne vertébrale des grands vins médocains.

La région libournaise : mosaïque de grands terroirs du Bordelais

Une région viticole historique au cœur du Libournais

La région libournaise constitue l’un des ensembles viticoles les plus emblématiques du vignoble bordelais. Autour de Libourne, les appellations de Pomerol, Saint-Émilion et leurs satellites forment un territoire d’une grande richesse géologique et historique, où la vigne s’est implantée dès le Moyen Âge.


Pomerol : un terroir unique façonné par l’histoire

Le vignoble de Pomerol (environ 830 hectares) trouve ses origines dès le XIIe siècle, autour des commanderies des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, futurs chevaliers de Malte. Situé sur les chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, ce territoire a connu une histoire mouvementée, marquée par la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, entraînant plusieurs périodes d’abandon.

Au XVIIIe siècle, la reconstitution du vignoble s’accélère, notamment avec la transformation progressive des cépages blancs en cépages rouges, dominés par le Merlot et le Cabernet franc.

Le terroir de Pomerol forme une entité géologique singulière :

  • dépôts argileux, sableux et molassiques
  • nappes de graves superficielles
  • sous-sols riches en oxydes de fer, appelés localement “crasse de fer”

Ce sol unique donne naissance à des vins puissants, charnus et profondément marqués par le Merlot, reconnus pour leur élégance et leur potentiel de garde. Gare aux prix…


Lalande-de-Pomerol : diversité des sols et climat favorable

Limitrophe de Pomerol et de Saint-Émilion, l’appellation Lalande-de-Pomerol s’étend sur environ 1 170 hectares.

Elle bénéficie d’un climat chaud, ensoleillé et humide, idéal pour la vigne. Les sols y sont variés :

  • argileux et argilo-graveleux à l’est
  • graveleux au nord
  • sableux vers l’ouest

Cette diversité produit des vins souples, accessibles, mais souvent expressifs et structurés.


Saint-Émilion : un patchwork géologique exceptionnel

Avec près de 5 500 hectares et environ 1 000 crus, Saint-Émilion est l’une des appellations les plus complexes du Bordelais.

Attention au classement “officiel” de Saint-Émilion

Voir Article

Trois grands ensembles de terroirs

1. Le plateau calcaire
C’est la zone historique et la plus lisible géologiquement. Situé à environ 100 mètres d’altitude, il repose sur des calcaires à astéries, des molasses et des dépôts marins. On y trouve notamment des crus prestigieux comme Château Ausone.

2. Le secteur proche de Pomerol
Ici, les sols alternent graves profondes, argiles, sables et alios. Les vins y développent une identité forte, très liée au Merlot.

3. La plaine de la Dordogne
Autour de Libourne et des communes voisines, les sols sableux et graveleux dominent. Les vins y sont généralement plus souples, avec quelques belles exceptions.


Les satellites de Saint-Émilion : diversité, terroir et complémentarité

Montagne-Saint-Émilion (et Saint-Georges)

Avec environ 1 570 hectares, cette appellation s’étend dans le prolongement direct de Saint-Émilion et Pomerol. Les sols argilo-calcaires dominent, favorisant un Merlot majoritaire (environ 70 %), complété par Cabernet franc et Cabernet-Sauvignon.

Puisseguin-Saint-Émilion

Sur 750 hectares de collines, le vignoble bénéficie d’un microclimat sec et d’expositions sud favorables. Les sols argilo-calcaires permettent un enracinement profond de la vigne. Le Merlot y est largement dominant.

Lussac-Saint-Émilion

Ce vaste vignoble de 1 490 hectares se distingue par la diversité de ses sols :

  • argilo-graveleux dans les vallons
  • sablo-argileux sur les plateaux
  • argilo-calcaires sur les coteaux

Le Merlot domine également (65 %), accompagné des Cabernets.


Fronsac et Canon-Fronsac : des vins de caractère

Situées à proximité immédiate de Pomerol et Saint-Émilion, les appellations Fronsac et Canon-Fronsac produisent des vins rouges corsés, chaleureux et souvent marqués par des notes épicées.

Leur identité repose sur des terroirs argilo-calcaires qui donnent des vins structurés, puissants et typiques du Libournais.

Gare aux "primeurs”

Bordeaux est fier d’une spécificité : les primeurs, ou l’art de juger des vins qui “n’existent” pas encore ! Une vraie galéjade si cela n’allait pas entraîner une politique de prix purement spéculative, et, forcément, une uniformisation des cuvées présentées aux “dégustateurs”. Car donner son avis sur un millésime d’un vin qui se veut “grand” (et qui aurait donc un réel potentiel d’évolution) quelques mois après les vendanges, c’est une rigolade. On se trouve face à des vins non finis dont le but est de rafler des éloges pour pouvoir se vendre vite et chers. Il va pourtant rester de longs mois aux œnologues pour doser des levures, maîtriser le bois (en barriques ou en copeaux)…

Le Bordelais en détail

Graves et Pessac-Léognan

Pour les Graves, il existe une variété importante de styles de vins. Cela va des crus réellement (et historiquement) exceptionnels, issus des territoires de Pessac, Martillac ou Léognan, mais aussi ceux de Podensac ou Portets, certains d’entre eux, dans les appellations Pessac-Léognan comme dans celle des Graves, bénéficiant d’un remarquable rapport qualité-prix-plaisir, d’autres crus atteignant des prix difficilement cautionnables. C’est évidemment le berceau des grands vins blancs de la région bordelaise.

Le 9 septembre 1987, un décret reconnaissait l’appellation d’origine contrôlée Pessac-Léognan. Le terroir se compose de terrasses construites par la Garonne lors des grandes crues millénaires qui ont apporté une grande variété de débris caillouteux, venus parfois de très loin, notamment des Pyrénées ; ces débris, multicolores, usés au point d’être polis, voire luisants, après la pluie, sont plus ou moins enrobés de terre ou de limon. Les graves de Pessac-Léognan reposent donc sur un sous-sol d’argile, de sable, d’alios, de calcaire et de faluns. Elles sont témoins des cours anciens de la Garonne, mis en place depuis la fin de l’ère tertiaire puis durant le quaternaire au fur et à mesure que passaient les époques glaciaires. Ces graves, composées de graviers, galets roulés par les eaux, ont une épaisseur variant d’une vingtaine de centimètres à 3 m et plus. La variété du cailloutis est exceptionnelle avec des quartz et quartzites ocre, blancs, rouges et roses, des jaspes, agatoïdes, silex et lydiennes… savant mélange harmonieux et chatoyant.

Pour les Graves, réfléchissant parfaitement le rayonnement solaire, la grave redistribue progressivement la chaleur sur les grappes. Inscrits dans un relief mamelonné, les dépôts de graves forment des croupes particulièrement bien dessinées dans le paysage, bénéficiant d’une excellente exposition avec des pentes toujours assez fortes pour assurer un drainage naturel. Celui-ci est renforcé par un réseau hydrographique important de petits cours d’eau et d’affluents de la Garonne.

On reconnaît facilement “à l’aveugle” un vin de Graves, ce qui prouve bien qu’il y a une identité. Pour preuves, plusieurs crus sont particulièrement savoureux dans cette appellation.

Sauternes, Loupiac

Le vignoble de Sauternes bénéficie d’une grande homogénéité (70 % de Sémillon, 25 % de Sauvignon, 5 % de Muscadelle), grâce à des sols et des sous-sols très diversifiés, graveleux, calcaires ou argilo-calcaires, qui donnent leur spécificité et leur personnalité aux différents crus. En dehors du terroir, le Ciron joue un rôle considérable. Né dans les Landes, couvert d’une voûte de feuillage tout au long de son cours, il crée, grâce à ses eaux plus froides que celles de la Garonne, un microclimat caractéristique dans la région du confluent, avec en automne des brumes matinales qui précèdent un soleil chaud à midi. Ces brouillards favorisent la prolifération d’un minuscule champignon, le Botrytis cinerea, qui a le pouvoir d’augmenter la teneur en sucre des raisins. Ce phénomène, appelé “pourriture noble”, est la condition sine qua non de ce raisin confit, récolté quasiment grain par grain, par tris successifs, de rendements très faibles. Ces vendanges à haut risque expliquent le prix de ces vins, largement justifié. Cinq communes bénéficient de l’appellation : Sauternes, Fargues-de-Langon, Bommes, Preignac et Barsac.

Loupiac

Le vignoble s’étend sur la rive droite de la Garonne, sur des pentes au sous-sol argilo-calcaire, argileux ou graveleux. L’appellation est réservée aux vignes de coteaux, à l’exclusion des terres d’alluvions et de palus, et le ruisseau du Chay, petit affluent de la Garonne, est l’un des facteurs du développement, en automne, des brouillards matinaux nécessaires au Botrytis cinerea.

Les Côtes

Côtes-de-Bourg
Dénommée la “Suisse girondine” à cause de son relief accidenté qui ondoie de coteaux en vallons, la région de Bourg (4 000 ha) est baignée par la Dordogne. On trouve ici une réelle typicité, un style qui lui est propre, où le Merlot prédomine souvent, et vient s’allier aux Cabernets pour créer ces vins qui associent puissance et charme, et possèdent une belle longévité.

Blaye
Sur 5 000 ha, si d’excellents blancs méritent plus d’attention, la plupart des crus sont surtout retenus pour les rouges.

Cadillac
Il faut réaliser que l’appel­lation est tellement étendue, sur des terrains si peu comparables, qu’il n’est pas évident de parler d’un “style” de cette appellation. Il ne faut pas oublier que la vraie réputation des vins s’est faite avec les moelleux, dont quelques-uns subsistent aujourd’hui.

Castillon
Située aux confins du département de la Gironde, l’appellation (3 000 ha) s’insère entre le vignoble de Saint-Émilion à l’ouest et celui de Bergerac à l’est.

Francs
L’appellation est anecdotique. Les Côtes-de-Francs sont une chasse gardée de certains propriétaires, notamment de Saint-Émilion. À en croire les propriétaires concernés, les Côtes-de-Francs devraient se faire une image.

Bordeaux Supérieur, Entre-Deux-Mers

La plupart des viticulteurs produisent des rouges, des blancs, des clairets et des rosés. Des vins équilibrés, et, pour les meilleurs, bénéficiant d’un excellent rapport qualité-prix. On trouve des vins ronds, faciles à boire, comme des vins riches, puissants, plus “durs”, alliant des tanins fermes à un fondu en bouche très agréable. Tous ces vins ont leur propre personnalité, selon leur terroir (on ne produit pas les mêmes crus dans la région libournaise ou dans celle de l’Entre-Deux-Mers) et leur élevage.

L’aire géographique de l’Entre-Deux-Mers couvre un vaste triangle de 30 km à la base, sur une hauteur de 60 km (1 400 ha). On y découvre une succession de coteaux et de vallées profondes couvertes d’alluvions laissées par la mer lors d’invasions répétées. L’Entre-Deux-Mers est traditionnellement un vin blanc sec, même si, à une certaine époque, certains vignerons élaboraient un vin blanc moelleux.

Bordeaux et le vin : une histoire millénaire entre pouvoir, commerce et prestige

Burdigala : les origines romaines de Bordeaux

Ancienne Burdigala à l’époque romaine, Bordeaux devient au XIIe siècle la capitale de la Guyenne. Son destin bascule ensuite avec son intégration dans l’orbite anglaise, une période décisive pour l’essor du vignoble bordelais.


L’époque anglaise : naissance d’une puissance viticole

En 1152, le mariage d’Éléonore de Guyenne avec Henri Plantagenêt, futur Henri II d’Angleterre, rapproche durablement Bordeaux de la couronne anglaise. À partir de 1154, les Bordelais deviennent sujets anglais, tandis que la langue française s’impose à la cour d’Angleterre.

Ce contexte favorise l’essor du commerce du vin de Bordeaux vers l’Angleterre, qui devient rapidement un marché majeur.

Richard Cœur de Lion et le vin bordelais

Richard Cœur de Lion, grand amateur des vins locaux, séjourne régulièrement à Bordeaux. Son frère, Jean sans Terre, protège les marchands bordelais et encadre la commercialisation du vin, notamment en fixant des périodes de vente entre novembre et décembre. À cette époque, faute de techniques de conservation, le vin jeune est privilégié, tandis que le vin plus ancien est souvent destiné aux plus démunis.


Guerre de Cent Ans : entre loyauté anglaise et retour à la France

Durant la guerre de Cent Ans, les élites bordelaises restent largement favorables aux Anglais, séduites par les avantages commerciaux. Cependant, en 1453, la bataille de Castillon marque un tournant décisif avec la mort du général anglais John Talbot et le retour définitif de Bordeaux dans le royaume de France.


Le privilège de Bordeaux : une domination commerciale

Après la reconquête française, Bordeaux impose un monopole commercial connu sous le nom de “privilège de Bordeaux”. Ce système interdit aux producteurs de l’arrière-pays de charger leurs vins avant ceux de la ville sur la Gironde.

Ce blocus, maintenu jusqu’en 1776, contribue à l’affaiblissement de nombreux crus hors Bordeaux, tout en renforçant la puissance économique de la cité portuaire.


Réglementations et évolution des usages du vin

Au XVIe siècle, face aux excès de consommation, François Ier instaure des sanctions sévères contre l’ivresse, allant de la prison aux châtiments corporels en cas de récidive.

Sous Henri III, les usages évoluent : apparaît la tradition du toast, où un croûton grillé est déposé dans un verre de vin transmis de convive en convive. Ce rituel serait à l’origine du mot “toast”.


Commerce international : Bordeaux et le monde

Le commerce du vin de Bordeaux connaît ensuite des mutations majeures, notamment avec le traité de Methuen entre l’Angleterre et le Portugal, qui désavantage les vins français au profit des vins portugais.

Face à cette concurrence, les exportations se réorientent vers les Pays-Bas, tandis que les innovations techniques comme la bouteille en verre soufflé et le bouchon de liège facilitent la conservation et l’expédition des vins vers les Antilles, l’Amérique et l’Asie.


Les Chartrons : cœur du négoce bordelais

Bordeaux attire alors des négociants anglais, hollandais, danois et irlandais, installés notamment sur les quais des Chartrons, qui deviennent le centre névralgique du commerce international du vin.


Révolution et Empire : un ralentissement brutal

La Révolution française puis les guerres napoléoniennes ralentissent fortement le commerce du vin. Napoléon Ier, amateur de vins de Bourgogne, ne favorise pas particulièrement les vins bordelais.

Ce n’est qu’après son exil à Sainte-Hélène que le commerce du vin de Bordeaux retrouve progressivement son dynamisme.

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