Dans le Médoc, en-dehors du “bashing” actuel, il y a de aussi de formidables rapports qualité-prix. Comment ne pas s’enthousiasmer pour des vins de Margaux ou Saint-Estèphe que l’on savoure entre 30 et 50 €, quand on tombe dans les mêmes appellations sur des bouteilles à 80€ ou 200 €…
Contrairement à l’Alsace ou la Bourgogne, où les territoires des crus sont géographiques, on n’est pas dans le même schéma pour Bordeaux, où la classification de 1855 du Médoc (à laquelle se joignent Pessac-Léognan et Sauternes) a été faite par le négoce de l’époque en fonction des sols (certes), mais aussi de la valeur marchande de tel ou tel cru. Concernant les “grands crus classés en… 1855 !!!” dont ce classement initial, fait par le négoce de l’époque (on pourrait trouver plus objectif), équivalait principalement à classer un cru, une marque, et pas un terroir. La preuve en est que les territoires de nombreux de ces vins ont beaucoup évolué, certains en profitant pour “avaler” les terres d’un voisin pour les ajouter dans leur propre vignoble… Un cru “classé” peut donc acheter un autre cru et tout faire passer sous le même nom… Autrement dit, un château classé Troisième (par exemple) peut doubler sa superficie sans que sa place de classement soit remise en cause. C’est le château qui reste classé et non le terroir !
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Les coups de cœur médocains de l’année
BATAILLEY (P)
CLERC MILON (P)
LATOUR (P) Hors Classe
MOUTON-ROTHSCHILD (P) Hors Classe
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CÔME (SE)
COS LABORY (SE)
MONTROSE (SE)
LA BRIDANE (SJ)
PLANTIER ROSE (SE)
ROSE BRANA (SE)
SAINT-PIERRE (SJ)
ST-ESTÈPHE (SE)
TRONQUOY-LALANDE (SE)
ANDRON BLANQUET (SE)
CARONNE SAINT-GEMME
FOURCAS-HOSTENS (L)
MAYNE-LALANDE (L)
DEVISE D’ARDILEY (HM)
FONTESTEAU (HM)
HOURTIN-DUCASSE (HM)
LE MEYNIEU (HM)
VILLEGEORGE (HM)
AGASSAC (HM)
CROIX DU TRALE (HM)
HOURBANON (HM)
LABAT (HM)
LAUGA (HM)
PEYRABON
CARTUJAC
HAUT-MADRAC
DAVID
CASTÉRA
BOIS CARRÉ
BOIS MONDON
LES ABÈDES
LES GRAVES DE LOIRAC
HAUT BRISEY
Depuis plus de trente ans (et la mode “Parker” n’y est pas étrangère) un bon nombre de propriétaires médocains (en Pessac-Léognan, Pomerol et Saint-Émilion également) et négociants ont snobé le marché français pour se remplir les poches aux Etats-Unis, notamment, puis en Asie. Résultat : beaucoup d’amateurs français (et pas seulement) sont en colère, se sentent grugés, n’acceptant plus des prix souvent exorbitants, ce qui alimente aujourd’hui le “bashing” de certains grands vins de Bordeaux.
Nous avions averti beaucoup de propriétaires, à l’époque, du risque qu’ils perdent l’estime de nos concitoyens, ne trouvant qu’arrogance, ignorance ou un sourire narquois en retour… et c’est aussi l’une des raisons pour laquelle vous ne trouverez pas beaucoup de “crus classés en 1855” dans notre Classement…
Et puis, le négoce (la place de Bordeaux), comme les propriétaires se sont “gavés” (certains “conseillers” également…), notamment dans les années 2000 à 2020, proposant des tarifs en “primeur » de plus en plus élevés, incautionnables, beaucoup de vins se retrouvant quelques années plus tard moins chers que leur prix d’achat, à l’inverse des promesses faites. Cela n’a évidemment pas arrangé les choses vis-à-vis des amateurs !
Découlant de cela, les Classements sont nos “coups de cœur” et nous conservons très peu de crus connus dont le rapport qualité-prix-typicité n’est plus réellement cautionnable. Et où le travail d’un directeur ne peut pas être comparé à la passion d’un vigneron…
Mais on ne peut que rester humbles devant certains vins, très chers, certes, mais, qui, eux, symbolisent la quintessence de leur terroir. Latour est un certainement le plus grand vin de Bordeaux, tant il représente le summum du Cabernet-Sauvignon médocain. Son 2e vin, Les Forts de Latour, à lui seul, éclipse un bon nombre de crus qui se gaussent d’un historique classement (de 1855). Quant à Mouton-Rothschild, nous n’avons jamais été déçus sur plusieurs décennies de millésimes.
En Pauillac, toujours, l’exemple flagrant d’un très grand vin, à prix très raisonnable, est Batailley de la famille Castéjà. Il en est de même, à Saint-Estèphe, pour Haut-Marbuzet (famille d’Henri Duboscq). La grande régularité qualitative fait la différence. Il y en a d’autres, naturellement.
A force de voir les châteaux changer de mains, l’argent affluer, des sommes invraisemblables (200 millions là, 300 millions, ici…), cela devient indécent : des chais en marbre, des investissements mirobolants…, forcément, beaucoup perdent leur âme, un investisseur, un groupe ou un banquier, secondé par un directeur, ne remplacera jamais le propriétaire.
Il manque donc les figures qui n’ont pas été remplacées et faisaient la légende des grands vins de Bordeaux, forçant le respect, et apportaient leur passion jusque dans leurs bouteilles. Là, alors, le prix n’avait pas tant d’importance et la spéculation n’y avait pas sa place.
Franchement, quel dommage ! On a tellement aimé les figures qui ont fait l’image des grands crus du bordelais, nous faisant rêver quand on débouchait avec eux une de leurs bouteilles, avec humour, humilité et plaisir. Forcément, les vins, les mentalités, les dirigeants… ne sont plus au niveau, tant ces hommes et femmes ont marqué la grande époque de Bordeaux : la “générale” de Lencquesaing à Pichon-Comtesse, Jean-Louis Charmolüe (Montrose), Jean-Michel Cazes (Lynch-Bages), Henri Lurton (Brane-Cantenac), la famille Gasqueton (Calon-Ségur), Anthony Barton (Léoville-Barton), Jean-Eugène Borie (Ducru-Beaucaillou) et d’autres… Nulle nostalgie en pensant à eux, seulement des souvenirs de partage comme on n’en fait plus.
Ceux-là ont fait la juste renommée de quelques-uns des plus grands vins rouges du monde, sans arrogance ni avidité. Ils avaient ce fameux “goût du vin”. Mais çà, c’était avant !
Autre critique fréquente : le style des vins tend à s’uniformiser.
Qui est capable aujourd’hui de vraiment distinguer un vin de la rive droite (et encore plus un Pessac d’un Saint-Julien, un Moulis d’un Haut-Médoc…) d’un autre de la rive gauche, tant les élevages sont semblables et les cépages restreints aux Merlot et Cabernets, malgré des terroirs pourtant très différents.
Le Médoc possède pourtant une grande diversité de sols, qui influencent fortement le caractère des vins :
Cette richesse géologique est l’une des grandes forces de la région. Comprenons-nous bien : il y a des vins formidables dans le Médoc, rares et racés, et d’autres qui ne valent ni leur prix ni leur renommée ancienne, ceci pouvant expliquer le manque d’engouement de consommateurs avertis.
Il faut quand même rappeler que le classement de 1855, établi à l’origine par les négociants, repose davantage sur une hiérarchie de marques et de crus que sur une véritable analyse des terroirs, même si les sols ont également une grande importance dans la région.
En effet, au fil du temps :
Cela peut remettre en question la pertinence actuelle de cette hiérarchie historique.
Aujourd’hui, de nombreux consommateurs ne comprennent plus les écarts de prix entre les vins du Médoc. Il n’est pas rare de voir :
Face à ces différences, beaucoup se tournent vers d’autres appellations bordelaises et des régions viticoles proposant des vins plus accessibles et plus expressifs.
Les millésimes du Médoc jouent un rôle clé dans la qualité des vins. Voici les repères essentiels :
À boire actuellement :
À attendre encore :
Millésimes plus décevants :
Malgré les critiques, le Médoc regorge de vins accessibles et qualitatifs. Il est tout à fait possible de trouver d’excellentes bouteilles dans des appellations prestigieuses comme Margaux ou Saint-Estèphe à des prix raisonnables.
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